Si nos Iles avaient pu élargir leurs cadres restreints et garder leurs fils, elles auraient actuellement onze paroisse de plus de 2000 âmes. Mais les premiers départs ne furent pas causés tant par le besoin d'expansion des madelinots que par le dégoût qui a ouvert les portes des Iles et fait reprendre le chemin de l'exil à ces gens: ils n'avaient plus un pouce de terre où reposer leur tête.
Quand les fils des Martyrs y abordèrent, ces îles étaient une terre vacante de la couronne. Ils s'y fixèrent sans ordre au bord de la mer et se taillèrent de petits domaines qu'ils agrandirent et multiplièrent au besoin... Ils étaient les maîtres des lieux: chacun prenait la pointe de terre qui lui convenait et tout était dit. Quand l'Amiral COFFIN, en 1781, sollicita de DORCHESTER la concession de cet archipel, il apprit que ces Iles n'étaient pas comme les autres terres de la Couronne. Mais les insulaires l'ignorant ne firent aucune démarche pour régulariser leur situation et prendre des titres de possession. En cela, ils eurent tort et grandement tort. Et je ne puis comprendre que les gens instruits des Iles n'aient pas flairé ces futures difficultés. Mais, auraient-ils obtenu quelque heureux résultat? « Il semble que ce soit le sort de ce pauvre peuple de travailler pour autrui.» ceux qui avaient pu s'échapper dans les bois lors de la dispersion et s'étaient fixés sur les bords de la Baie des Chaleurs eurent beaucoup de peine à obtenir du gouvernement des titres de possession pour les terres qu'ils avaient choisies et défrichées. En 1792, trente ans après leur établissement à Bonaventure, ils n'ont encore rien obtenu et se plaignent qu'on accorde à d'autres les terres qu'ils ont défrichées et améliorées. (Ferland, la Gaspésie, 1879, p.194.)
Le gouvernement britannique, afin de tirer au net l'affaire de GRIDLEY qui n'était pas un loyaliste, retarda pendant onze ans la demande de COFFIN. Cependant, les insulaires ne donnèrent aucun signe de vie, prétendant, dirent-ils dans la suite, qu'ayant habité les Iles au temps où elles appartenaient au gouvernement de Terre-Neuve, ils bénéficiaient de la loi anglaise, alors en force, particulièrement l'acte 10 et 11 Wm. III, chap. 25, par laquelle « Toutes personnes qui depuis le 25 mars 1685 ont bâti, coupé ou fait, ou en tout temps ci-après, bâtiront, couperont ou feront des maisons, cabanes ou huileries ou toutes autres commodités pour la pêche depuis ladite année, en jouiront paisiblement et librement et s'en serviront sans qu'aucune personne ne puisse les en empêcher.» Et ils croyaient que par l'Acte de Québec qui les unissait à cette province, ils étaient maintenus dans leurs droits. mais le Colonial Office cosidéra ces texte de lopi comme de vulgaires chiffons de papier. En 1798, il expédia, par lettres patentes, à Sir Isaac COFFIN, la concession officielle des Iles de la Madeleine, réservant une partie de l'Île COFFIN pour le clergé anglais et la permission à tout sujet britannique d'y faire librement la pêche... ces terres devaient être tenues en franc alleu, comme en Angleterre.
Lors de leur concession à l'Amiral COFFIN, les Îles de la Madeleine renfermaient une population de 500 âmes. Le nouveau seigneur lança une proclamation pour faire connaîtreses droits aux insulaires qui n'en tinrent aucun compte. Trop occupé ailleurs, COFFIN ne peut visiter ses terres qu'en 1806; à cette date, il écrit au gouverneur du Canada que 42 familles françaises échappées de Saint-Pierre et Miquelon, en se soustayant à la vigilance du capitaine MALBON sur l'Aurora, se sont établies sur ses îles et, en dépit de plusieurs proclamations, refusent de le reconnaître comme seigneur ou de lui permettre d'y faire un établissement. il affirme que ces gens sont des sujets français qui exècrent Sa Majesté Britannique, se livrent à une continuelle contrebande avec les américains et s'obtinent à ne pas payer la rente annuelle ridicule (trifling) de 2 qtx de morue par famille. En conséquence. il demande que des mesures soient prises pour les déporter rapidement (speedy removal). Il annexe à sa lettre la liste des familles qui viennent de Miquelon, soient 223 personnes. Cette liste ne peut pas être complète puisqu'en 1792, 250 âmes arriverent en ces lieux, et que plusieurs y virent en 1793-94 et 1804.
Dans une autre lettre, il mentionne 74 familles, ce qui serait un peu plus exact.
Le gouverneur CRAIG, à qui COFFIN avait adressé ses doléances, lui offrit d'envoyer en prison toute la partie mâle de la population et d'y abandonnner les femmes et les enfants dont il ne savait que faire. C'était un farouche moyen draconien qui peint bien le terrible et farouche CRAIG. Pâlis WINSLOW! CRAIG te bat! Tes méthodes sont surannées: il invente une nouvelle poue se débarasser promptement des rejetons de ceux qui t'ont joué. COFFIN n'en voulut pas: disons-le à son honneur. Ce qu'il voulait, c'était nettoyer sa propriété de ce vil troupeau de pêcheurs qui riaient de lui et de ses titres de concession et défiaient toute intervention... A cinq milles de Québec, il n'était pas facile de se tenir là avec sa balance à la main. Après avoir tenté l'impossible auprès du trésorier de la force navale pour les expulser comme des étrangers, CRAIG entra dans une grande colère contre le gouverneur du Bas-Canada qui ne voulait envoyer ni shérif, ni croiseur pour «faire déguerpir les intrus de ces îles.» Ayant appris que la loi du Bas-Canada obligeait de rembourses l'occupant de la valeur des biens expropriés, il tenta de faire annexer les Ile de la Madeleine à la Nouvelle-Écosse où cette loi n'existait pas. même échec. Enfin il demanda au gouverneur de passer un ordre en conseil pour lui permettre d'amener sur ces îles ses amis et parents des États-Unis, sans les obliger de s'enregistrer. Ils viendraient simplement faire la pêche durant la belle saison et retourneraient à Boston à l'automne. Toutes ces tentations n'aboutissant à rien et les madelinots soutennatn avantageusement le siège, il finit par écrire à Lord BATHURST qu'ayant veinement essayé d'amener des familles anglaises sur ses îles et ayant dépensé inutilement à cet effet une somme de 5000 livres, il ne voyait pas d'autres perspectives de tirer quelques profits de sa propriété que de la vendre ou la louer aux États-Unis qui en feraient un pied-à-terre avantageux pour les pêcheurs américains. « car elles ne seront jamis d'aucune importance à la Grande-Bretagne, tandis qu'elles rendraient de grands services aux Américains.»
De toute la volumineuse correspondance échangée entre COFFIN, son agent, les Lords du commerce, les gouverneurs du Canada et le gouvernement du Bas-Canada, il ressort que les habitants des Îles de la Madeleine exigeaient des titres allodiaux ou en franc-alleu, c'est-à-dire sans aucune redevance au seigneur, pour toutes les terres qu'ils possédaient et qu'ils avaient défrichées. Ils prétendaient avoir des droits indéniables, et ils les exposèrent à Sir James KEMPT, dans une énergique requête, (pétiton).
Peine inutile! le gouverneur n'accorda aucune considération à cette pétition et laissa Coffin et ses insulaires trancher cette embarrassante question. Tous ces échecs calmaient les esprits et domptaient les volontés. Le seigneur se fit conciliant et les Acadiens moins têtus. (Source; Livre de Paul Hubert "Les Îles-de-la-Madeleine et les Madelinots")