Qu'à-t-il donc à son bord ce
vaisseau des ténèbres?
Il porte du tombeau tous les signes funèbres;
un silence de mort sur les ondes le suit.
Seul un glas
triste et lent parfois s'y fait pendre
L'humide pesanteur des brumes de la nuit.
Au milieu des rochers de la stérile plage
Gisent des os blanchis, jetés par le naufrage,
Sous les brouillards épais du sombre Labrador.
La lune, en éclairant ces lieux
impitoyables,
Découvre avec horreur ces reste lamentables,
que les flots irritée se disputent encore.
C'est là que cette barque
en sa course nocturne
Va cueillir en passant la troupe taciturne
Qui semble maintenant à son bord se mouvoir.
Une flamme
bleuâtre à demi les éclaire,
Et jamais la rosée, au morne cimetière
Ne tomba sur des fronts plus livide à voir.
C'est à
l'Ile-des-Morts qu'un vent fatal les guide,
C'est à l'Ile-des-Morts que s'avance rapide
Cet ombre de vaisseau par des ombres
conduit:
des squelettes sont là déroulant à la brise
la siniste voilure; une forme indécise
Debout veille à la poupe, et la
barque obéit !
Fuis, ô barque terrible ! ô Barque de mystère !
Fuyez pendant que l'ombre enveloppe la terre.
Fantômes de la
nuit, rentrez vite au cercueil,
De peur qu'à votre aspect la jeune et tendre aurore
Ne dépouille son front de l'éclat qui la dore,
Et se cache à jamais sous un voile de deuil.