Quand Marie Monique SAMSON-SCHUMPF mourut, elle laissait une famille dont l'ainée, Mérance avait 13 ou 14 ans et dont le bébé Étienne avait tout juste un an et demi. D'autre part, le père, Christian avait 56 ans (à l'époque c'était un âge avancé) et il devait être obligé de travailler du matin au soir à son métier de tailleur pour sudvenir aux besoins de sa famille. On comprend aisément, dans ces circonstances, qu'il ait été forcé de placer ses plus jeunes enfants à l'orphelinat. Les garçons et les filles semblent avoir été séparés, car seuls les trois plus jeunes sont venus aux Îles: John qui avait déjà neuf ans à la mort de sa mère et qui dans quelques années prendra le large pour aller s'établir à Chéticamp, Laurent qui avait trois ans et Étienne-Claude qui était encore bébé de dix-huit mois. Qui a amené ces enfants aux Îles? Voilà la question difficile. Pour essayer de trouver une réponse, il faut ajouter aux document écrits la tradition orale qui si maigre qu'elle soit, peut toutefois nous fournir quelques renseignements.
Quand le Père René KERDELHUÉ, eudiste était curé de Havre St-Pierre de 1914 à 1918, il s'appliqua à recueillir les souvenirs des paroissiens sur les origines des familles du village. (Son manuscrit est aujourd'hui entre les mains de Dominique CORMIER de Havre St. Pierre qui l'a sauvé de la destruction). C'est ainsi que Placide VIGNEAU, qui avait connu personnellement Laurent et Étienne JOMPHE avant son départ des Îles et qui nous a laissé un journal si intéressant, lui apprend que "Laurent et Étienne JOMPHE furent pris à l'orphelinat de Québec vers 1810 (ce qui peut-être entre 1806 et 1810) et élevés par Simon BOURGEOIS des Îles-de-la-Madeleine. Ils avaient deux soeurs devenues Mme Thomas LÉVESQUE de St-Roch, Québec et Mme Louis CARRIER de Lévis."
Tous les renseignements recueills dans cette note sont exacts, Il n'est pas question de John que Placide VIGNEAU né en 1842 n'a pu connaître. Ainsi, après la mort de leur mère en 1806, le père Christian SCHUMPF aurait placé ses enfants à l'orphelinat, se sentant incapable d'en prendre soin lui-même. C'est là que Simon BOURGEOIS aurait recueilli Laurent et Étienne ainsi que leur frère plus âgé de six ans, John qui devait peu d'années plus tard émigrer à Chéticamp dont les habitants avaient, durant la saison de pêche, de nombreux contacts avec les gens des Îles. Or, grâce aux recherches que, à ma demande (Réal JOMPHE) soeur Rose-Délima GAUDET a eu l'amabilité de faire sur ce sujet, j'apprend qu'un Simon BOURGEOIS veuf d'Angélique CORMIER qu'il avait épousé le 6 septembre 1803, est décédé à 78 ans à Havre-aux-Maisons le 9 mai 1856. Il était donc né en 1779 et avait 27 ans et trois ans de mariage à la mort de Monique SAMSON. Les voyages en goélette entre les îles et Québec étaient réguliers à la fin de la saison de pêche où l'on allait vendre son poison et acheter les provisions nécessaires pour l'hivernement. il est donc très plausible qu'au cours d'un de ces voyages Simon BOURGEOIS jeune marié sans enfants, se voit adressé à l'orphelinat de Québec surpeuplé d'enfants et dont les directrices n'hésitèrent pas à lui confier les trois orphelins, avec le consentement du père.
Un fait est certain cependant. Que les enfants soient avec Simon BOURGEOIS ou quelqu'un d'autre, un document prouve sans l'ombre d'un doute que Étienne fut adopté par Jacques CYR et sa femme Marie CHIASSON. En effet, nous avons le testament au registre de la paroisse Notre-Dame de la Visitation de Havre-Aubert, signé par le curé Pierre BÉLANGER spécifiant que " après leur mort eux (Jacques CYR et Marie CHIASSON) du Bassin donnent et lèguent leurs biens meubles et immeubles à Étienne SCHUMPF leur fils adoptif, en présence de Jean RENAUD et Philip Fr. COLLBECK écuyer, magistrats, avec la marque des deux (Jacques et Marie) et Jean ARSENEAULT. "Ce testament est daté du 11 mai 1826, quatre mois donc avant le mariage d'Étienne.
Nous avons donc là une preuve irréfutable que Étienne SCHUMPF fut adopté par la famille CYR.
(tiré d'une étude de Jean-Pierre WILHELMY et de la généalogie des JOMPHE de Réal JOMPHE ainsi que d'Addé HUBERT.)