
Archipel unique, ancré au milieu du golfe Saint-Laurent, les Îles-de-la-Madeleine représentent un des
endroits d'Amérique sur lequel on retrouve le plus de littérature. Voici une brève synthèse historique extraite textuellement du livre
"Deux cents ans d'histoire" ce livre est une oeuvre collective du Musée de la mer qui avec les années a su conserver et transmettre
par plusieurs écrits littéraires l'histoire de nos Îles. Une majorité de ces livres ont été écrite par le directeur du Musée, soit
Frédéric Landry.
Au Xe siècle, les compagnons d'Éric LE ROUGE se sont rendus explorer les régions nordiques. Passant par l'Islande, ils ont assurément occupé le Groënland et l'archéologie confirme leur présence au Labrador et à Terre-Neuve. Certains, en extrapolant légèrement, prétendent qu'en tirant profit des caractéristiques de leurs drakkars, ils auraient visité la Nouvelle-Écosse. Qui peut affirmer que les Vikings n'ont jamais cherché à exploiter les richesses des Îles-de-la-Madeleine ?
Les Amérindiens de la Côte-Nord (Montagnais et Inuit) ceux de Terre-Neuve (les Béothuks), ceux de l'Est de l'Amérique (les Sourisquois et les Micmacs) connaissaient certainement les Îles-de-la-Madeleine. Ils les nommaient Mewquit ou Menquit et leur présence dans l'archipel fut confirmée de nouveau par de récentes études archéologiques.
Le golfe du Saint-Laurent est un réservoir de nourriture incomparable et le moyen de transport ne pose pas vraiment de problème puisque les Micmacs, entre autres, fabriquaient des embarcations d'envergure. mais la grande question demeure: pourquoi risquer un voyage si périlleux pour des richesses que l'on rencontre, à cette époque, partout le long des côtes de l'est de l'Amérique, même le phoque? La réponse est peut-être du côté de la vache marine (morse) qui, elle, ne fréquentait pas d'autres endroits dans le golfe.
Il ne fait aucun doute que bien avant Jacques CARTIER, des pêcheurs basques et bretons connaissaient l'existance des fond poissonneux, des anses et des havres naturels dont regorge l'archipel et ce, malgré l'absence d'écrits formels: depuis quand un pêcheur dévoilerait-il l'endroit exact où il fait fortune?
Le premier Européen à venir en mission officielle pour le roi de France sera Jacques CARTIER, lui aussi pêcheur. C'est dans ses récits que nous apprenons les faits marquants de ses passages de 1534 à 1536. Il inscrivit sur ses cartes le détroit de Cabot, véritable porte d'entrée du golfe Saint-Laurent et de ses affluents. Cette découverte placera les îles sur la route de tous les navires se dirigeant vers Québec et Montréal.
Il s'écoulera trois quarts de siècle avant qu'un autre célèbre français ne vienne explorer ces régions. CHAMPLAIN visitera les îles à deux reprises, en 1608 et 1626. Il sera probablement le premier à les inscrire sur une carte comme étant celles «de la Magdeleine». Il ne fut que visiteur, ses rêves s'étant plutôt tournés vers l'intérieur du continent.
Cette période des morutiers et des «trafiquants» marquera les débuts de l'exploitation systématique des richesses des eaux entourant les Îles-de-la-Madeleine. Les Basques. Bretons, Français et Anglais nommeront ces îles: Isles Margaults, île de Bryon, Îles Raméa, et Îles Ramées. La morue traitée de deux façons, verte ou séchée, est l'une des richesses convoitées, avec la vache marine et le phoque. En 1591, il y a quatre siècles, les îles étaient le théâtre du premier affrontement entre les Anglais et les Français pour la possession d'un territoire d'Amérique.
Nicolas DENYS fut le premier «seigneur» des îles. Lorsqu'il reçut ses titres, en 1653, c'est toute l'Acadie qu'il pouvait exploiter, ayant obtenu un monopole exclusif.
Les Îles sont au nombre des îles de l'Acadie française et seront visitées pour les provisions de "bouette" et d'huile de phoque ou de vache marine. Mais l'Acadie est vaste et DENYS a de sérieux démêlés avec un dénommé LEBORGNE qui s'attaque à ses installations. En 1663, pendant qu'il cherche à faire reconnaître ses droits, la compagnie de la Nouvelle-France concède formellement au sieur François DOUBLET les Îles Ramées afin d'y établir une colonie de peuplement. DOUBLET ayant déjà, avec son épouse Madeleine FONTAINE, une famille nombreuse, c'est sans perdre de temps qu'il désire installer sa nouvelle colonie. Mais, à son arrivée aux Îles, le 15 Mai 1663, il y rencontre dix-huit Basques qui s'y trouvent depuis 1659. Devra-t-il utiliser la force pour faire reconnaître ses droits? Et, les droits de qui? des siens, ceux des Basques, ou encore de Nicolas DENYS? loin des autorités, DOUBLET accepte que les Basques demeurent à l'Étang-des-Caps à la condition qu'ils lui remettent le tiers de l'huile produite de leur exploitation des mammifères marins. Avec ses 25 hommes et son jeune fils, il travaille à installer une colonie permanente. Lorsqu'il retourne en France, à l'automne, c'est pour convaincre ses associés de la rentabilité de son entreprise. À son retour au printemps de 1664, une mauvaise surprise l'attend. C'est la désolation: tout est dévasté et il ne retrouve ni les engagés ni les Basque. Tous auraient déserté après avoir épuisé les provisions. Que s'est-il vraiment passé? C'est le mystère qui entoure l'échec du premier et du seul essai d'implanter une véritable colonie aux Îles-de-la-Madeleine, sous le Régime français.
Jusqu'au Régime britannique, les Îles demeureront une colonie-comptoir typique où certains feront fortune. Comme aucune entreprise ne remplit ses obligations, les monopoles changent de mains. La chasse et la pêche rapportent beaucoup.
Mais la lutte est sans merci pour le contrôle de toute l'Amérique du Nord, y compris de l'Acadie qui est mal défendue: elle tombera à quatre reprise aux mains des Anglais avant le traité d'Utrecht de 1713, fatal pour les Acadiens. Il faudra encore deux conflits intercoloniaux majeurs pour décider du sort de l'Amérique et, entre ces deux conflits, on déportera brutalement les Acadiens, ces Français neutres occupant le territoire anglais de la Nouvelle-Écosse.
En 1763, ce n'est plus seulement l'Acadie qui est anglaise, mais, officiellement, c'est toute l'Amérique. Demeurent françaises les îles Saint-Pierre et Miquelon, où plusieurs malheureux Acadiens chercheront à se regrouper après la déportation. Même sous le Régime anglais, les Îles-de-la-Madeleine représenteront un territoire convoité. Dès 1762, c'est le colonel de l'armée britannique Richard GRIDLEY qui désire s'en faire concéder l'exclusivité; on lui accorde un permis d'exploitation en récompense de ses valeureux services rendus à la couronne, dans sa lutte pour écraser la présence française en Amérique. Pour travailler à ses entreprises, GRIDLEY ira chercher une main-d'oeuvre qu' il connaît bien pour avoir travaillé à les déporter: les Acadiens. Des document authentiques attestent du Serment qu'ont prêté ces 22 Acadiens, les engagés de GRIDLEY. Ils seraient les premiers Acadiens à s'être établis aux îles, en 1765. Combien demeureront aux Îles? Combien retrourneront à Malpèque, d'où la majorité d'entre eux étaient originaires? très peu de documents ou de registres permettent d'en témoigner avec assurance. Comme pour les quatre "premières familles installées à Grosse-Île et au Cap-de-l'Est, aucun registre encore existant ne permet de reconstituer les pérégrinations sur les côtes d'Amérique de ces morceaux déchiquetés du peuple acadien.
Indubitablement, un embryon de peuplement est à prendre racine sur les Îles-de-la-Madeleine qui, durant les années suivant la Proclamation royale (1763), relèvent juridiquement de la colonie anglaise de Terre-Neuve. À la suite des revendications des francophones de la "Province of Québec" et de la menace d'indépendance de certaines de ses colonies, l'Angleterre, cherchant à conserver la fidélité de ses nouveaux sujets, leur accordera l'Acte de Québec (1774). C'est depuis lors que les Îles-de-la-Madeleine sont rattachées au territoire de la "Province of Québec". Cela importe peu aux acadiens travaillant pour GRIDLEY. Ils s'accomodent assez bien de celui-ci qui, sa fortune faite, s'intéresse beaucoup à ce qui se passe du côté de Boston, et d'autant plus qu'il ne s'oppose pas aux visites de prêtres venant leur porter le réconfort de la religion: l'abbé LEROUX de 1774 à 1782 et l'abbé PHÉLAN, un Irlandais, curé d'Arichat au Cap-Breton, de 1786 à 1792.
Dans les paragraphes précédents, nous avons relaté brièvement les tentatives plus ou moins heureuses du Régime français. C'est la déportation de 1755 qui va assurer le peuplement de notre archipel. À cette déportation s'ajoutera la soif de richesse des propriétaires des Îles-de-la-Madeleine.
Une grande partie de l'histoiriographie des Îles parle des quatre familles installées dans la partie Est. Rien ne sert de les nommer puisque les auteurs ne s'entendent pas sur les noms de ces pionniers retenus par la tradition orale. Il est probable que ces familles aient abordé aux Îles-de-la-Madeleine, fuyant les mercenaires du gouverneur LAWRENCE, avec espoir d'échapper à la déportation et à la dispersion de leur famille. Serait-ce ensuite pour rejoindre les autres Acadiens que ces familles auraient vendu leurs propriétés de l'Est des Îles à des anglophones souhaitant y faire leur vie?
Les engagés de GRIDLEY qui travaillèrent à édifier sa fortune représentent les premiers habitants "permanents" dont l'histoire peut témoigner par des documents officiels. C'est parce qu'ils ont dû prêter serment de fidélité que nous pouvons retrouver leurs noms sur un document daté du 31 août 1765. Il est à noter qu'aucun de ces engagés n'était en mesure de signer son nom. Cependant, advenant le cas où l'un des leurs aurait pu signer, l'aurait-il fait à l'encontre de sa conscience? Comme aucun registre n'était tenu avec régularité, qu'aucun prêtre ne demeurait aux îles en permanence et que le seul registre de l'époque fut détruit lors de l'incendie du presbytère d'Arichat, il est très difficile de retracer avec précision qui sont les engagés de GRIDLEY, ceux qui ont pris racine aux Îles-de-la-Madeleine et ceux qui sont retournés à Malpèque, d'où ils étaient venus.
C'est ainsi que, tranquillement, sur les îles du Havre-Aubert et du Havre-aux-Maisons, se structurait une petite communauté ayant l'impresssion de progresser en toute liberté. La présence des quelques familles anglophones installées dans la partie Est des Îles ne les inquiètait aucunement. Au contraire, leur présence pouvait représenter l'assurance qu'ils ne seraient pas importunés.
C'est en 1793 que cette petite communauté recevra un rapport important lui permettant de connaître un développement formidable. De 1763 à 1767, Miquelon avait connu une croissance démographique qui inquiétait les autorités françaises. Les réfugiés acadiens, s'accrochant à ces îlots minuscules demeurés les seules possessions françaises en Amérique du Nord, risquaient de mettre en péril l'industrie française de la pêche dans l'Atlantique et dans le Golfe. C'est pourquoi ces malheureux Acadiens seront à nouveau déplacés de force vers la France, en 1767, puis en 1776, revenant chaque fois à Miquelon. Que leur réservaient maintenant les idées révolutionnaires et anticléricales de la Révolution française de 1789?
Leur chef spirituel, le père ALLAIN, ne désirant pas prêter le serment de fidélité à la nouvelle République en décida plus de deux cents à s'embarquer avec lui pour les Îles-de-la-Madeleine. À peine arrivés, ils envoient le 31 Mai 1793, une délégation au Cap-Breton pour rencontrer T.H. Henry DUNDAS, principal secrétaire d'État de Sa Majesté pour le ministère de l'Intérieur, afin d'obtenir l'autorisation de demeurer aux Îles jusqu'à leur bon plaisir. Tout cela se passe pendant que COFFIN tente d'asseoir solidement son pouvoir; il obtiendra la concession des Îles en 1789 et la gardera jusqu'à sa mort en 1839. Le père ALLAIN, qui les accompagne, sera le premier à tenir les registres continus des faits marquants de la vie de nos ancêtres. Ce débarquement massif constituera le véritable début du peuplement des Îles.
Beaucoup de madelinots peuvent aujourd'hui facilement retracer leurs ancêtres en consultant les recensements des îles Saint-Pierre et Miquelon de 1767 et de 1778. Ces documents ont été étudiés et apparaissent dans un volume de Michel POIRIER.
S'ajouteront à cette population acadienne quelques Canadiens et, en plus des familles anglophones écossaises venues de la Nouvelle-Écosse ou de l'Île-du-Prince-Edouard, des Irlandais catholiques préférant s'assimiler à la communauté francophone. La mer, par les naufrages, se chargera d'ajouter quelques familles qui enrichiront encore la mosaïque démographique madeleinienne.(Texte de Maxime Arseneau,tiré du livre "DEUX CENTS ANS D'HISTOIRE, Musée de la Mer des Îles-de-la-Madeleine).