Ponchon

LE PONCHON

La navigation se clôturait généralement à la fin décembre pour ne réouvrir qu'au commencement de mai (aujourd'hui fin janvier et réouverture fin mars début avril), ce qui fesait quatre longs mois sans autre moyen de communication avec la « grand'terre » qu'un câble télégraphique. Cet isolement, bien terrible aux gens du continent habitués à recevoir régulièrement leur courrier chaque matin, est relativement facile à supporter pour les insulaires qui ont toujours vécu ainsi. Cependant, cette situation devient de plus en plus pénible, parce que des enfants, des frères, des soeurs, quittaientt les îles pour d'autres lieux. un message apporté de temps à autre par le câble était, il n'y a pas si longtemps les seules brides de nouvelles qui parvenaient aux madelinots, pour ensoleiller leurs longs mois de casernement. Ce câble avait quatre-vingt-quatre milles de longueur. Il avait été submergé au mois d'octobre 1880 pour atteindre la station de Grosse-Île. L'année suivante, un autre câble, long de huit milles, reliait le Rocher-aux-Oiseaux. En plus, on ajouta une ligne terrestre entre le Havre-aux-Maison et l'Étang du-Nord. Le téléphone et le télégraphe par câble qui reliait les Îles au Cap Breton fût installé au coût de 91 485$ qui a l'époque était une somme considérable, mais nécessaire pour le bien-être des insulaires et des navigateurs (il est bon de savoir que l'archipel des Îles-de-la-Madeleine est le deuxième cimetière marin en importance en Amérique du Nord (plus de cinq cents naufrages) après l'Île de Sable). Ce système de communication téléphonique et télégraphique à fournit un excellent service aux Madelinots durant une trentaine d'années, malgré les fréquents bris: câble sectionné autour des côtes et lignes écrasées par le verglas. grâce a ce système la communication avec la «Grand'Terre» était possible.

Or il arriva qu'un jour le télégraphiste parla dans le vide: le câble était rompu... C'était le 6 janvier 1910. Vous pouvez imaginer la désolation des insulaires. La communication avec l'extérieur était impossible les madelinot se retrouvait seul sans moyen de communication comme avant 1880. La panique s'installe. ne serait-il pas possible d'entreprendre la traversée: la mer est libre de glace et la température idéale; les voitures d'été continuent à circuler sur le chemin du roi. Avec un vent favorable, ce serait vite fait. Oui, mais les hâvre sont gelés, les bateaux a l'abri, et somme toute, c'est un gros risque. les vieux loups de mer s'y refusent; les jeunes, plus fougueux, parce que sans expérience, veulent essayer.., C'est alors que germe dans la tête de quelques madelinots l'idée de lancer a la mer une barque sans équipage, toutes voiles dehors et orienté de façon qu'il acoste fatalement à bon port. C'est ingénieux, mais la barque?... C'est simple un ponchon (Tonneau ou Tonne). ce sera bien l'embarcation la plus originale au monde! C'est accepté d'emblée, avec enthousiasme. Voilà tous les hommes du Havre à gréer (équiper) le ponchon et les femmes à écrirent de leurs belles mains, des lettres qui seront scillées dans des conserves et qui expliqueront la situation aux Îles. Un mât et une voile est fixer au ponchonavec comme inscription sur la voile « WINTER MAGDELEN MAIL» et pour finir ont installe un gouvernail à une extrémité du ponchon, il faut être expéditif: le lancement aura lieu dans vingt-quatre heures.

Le lendemain 2 février 1910 sur la dune du Sandy Hook (nom donné a la dune en raison du navire le Sandy Hook qui y a fait naufrage) tout le village de Havre-Aubert est présent pour le lancement de cette drôle d'embarcation qui porte comme cargaison le courrier remplis d'espoir des madelinots. Le vent est bon, la mer est libre et les vieux prédisent sans broncher une liaison de nord-est (une liaison : plusieurs jours de suite du même vent).

Une madeleinienne écrit a un cousin par ce courrier insolite. « Je confie ces lignes au hasard des flots, mais l'ardeur et la légitimité de nos désirs qu'elles parviennent à destination changent nos chères espérances en douces réalités... Si la nécessité est mère des inventions géniales, devant quelles entreprises audacieuses reculerait-on pour briser les liens d'une trop longue captivité? J'ai le coeur gonflé d'émotions; des larmes s'échappent malgré moi en te traçant à la course ces lignes qui doivent franchir si crânement les limites périlleuses qui nous séparent du reste des humains. l'appareil est prêt: un tonneau à la voile, muni d'un gouvernail en fer devant, par sa position, tenir le vaisseau dans une direction favorable pour qu'il atteigne quelque part. nos lettes sont mises en boite à conserves cachetées à l'épreuve de l'eau. A deux heures cet après-midi aura lieu le lancement du vaisseau fantastique...; le vent est favorable, et béni soit celui qui le premier volera au secours de notre frèle esquif! Il portera pour enseigne et devise: « WINTER MAGDELEN MAIL ».

Ce bateau nouveau genre toucha Port Hasting en Nouvelle Écosse dans la nuit du 12 février. Vingt-sept lettres feront découvrir au pays entier l'isolement dans lequel se trouvent les madelinots. Outre les lettres aux parents et amis, il en portait pour les députés, MM. Rodolphe LEMIEUX et L.-A. THÉRIAULT, pour le ministre de la marine, ect... Immédiatement MM. LEMIEUX et THÉRIAULT firent des instances auprès du gouvernement fédéral pour qu,un bateau allât au secours des captif. et c'est le 1er mars que le vapeur Harlow partit de Sydney en nouvelle-Écosse pour les Îles-de-la-Madeleine. Nos ingénieux constructeurs maritimes qui attendaient sans confiance illimitée le résultat plus ou moins problématique de leur mirobolant transatlantique-ponchon, éclatèrent en des transport de joie délirante, lorsqu'un beau matin ils aperçurent une fumée au large. « Un bateau ! Un bateau ! » criait-on de toutes parts, le coeur sautant à tout casser dans les vigoureuses poitrines de tout un peuple en liesse. Le bonheur qu'ils éprouvèrent compensa et justifia les frais énormes, royalement consentis par le gouvernement qui envoya un second navire en avril. Grâce à l'heureux acostage du légendaire « Ponchon », nos vaillant chiqueurs furent prêts pour l'ouverture de la saison.

L'année suivante, le gouvernement fit installer, à grands frais, une station marcinie au Cap-au-Meules et chaque hiver, jusqu'en 1915, il envoya un navire deux à trois fois aux Îles. le service du télégraphe sans fil fût très apprécié du public, car il permettait aux insulaires de se délecter tout l'hiver, une fois la semaines, à la lecture du résumé des principaux événements nationaux et mondiaux. ( Ce texte est tiré du livre "Les Iles-de-la-Madeleine et les Madeleinots" de Paul HUBERT aux Éditions de la Source ainsi que du livre "Deux cents ans d'histoire" c'est un livre collectif du Musée de la Mer)

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Base de Données: "Les Ancêtres des Îles-de-la-Madeleine"